Conjoncture financière à fin février 2026
Une Union plus agile face à des menaces plus précises
Les secousses auxquelles les marchés ont été exposés au cours de l’année 2025 ont peu ébranlé la trajectoire des grandes économies mondiales. La croissance mondiale a traversé ces tensions affichant une performance économique de 3,1 % sur l’année. Le FMI confirme une tendance assez proche de ce niveau en 2026. Dans l’UE, elle atteindrait 1,3 % sur l’exercice.
Les obstacles qu’elle a traversés se sont pourtant multipliés. Ils ont été enjambés, détournés et plus récemment pris de front par les autorités de l’Union Européenne.
Ainsi, la hausse des droits de douane, l’un des premiers actes de la nouvelle administration Trump et qui n’a épargné aucune région du monde, s’est traduite par des négociations, des revirements, des surenchères dont l‘UE peine encore à mesurer les conséquences…. Et ce n’est pas terminé…La récente décision de la cour suprême rebat à nouveau les cartes, une occasion pour l’Union d’avancer de nouveaux pions.
La France et ses partenaires entament une stratégie qui ne se résume plus à la seule résistance. Ils deviennent plus offensifs et visent à rétablir un rapport de force qui leur échappait.
Sur le front américain, le revers du Congrès leur offre l’occasion de suspendre la signature de l’accord commercial qui avait été négocié en juillet dernier en Ecosse. Sur le front chinois, les menaces s’amoncellent. Face aux multiples offensives commerciales dans des secteurs clés de l’automobile ou des machines-outils, l’Europe commence à se doter d’outils qui, dans un premier temps, sont devenus indispensables pour protéger nos marchés. Selon une récente étude du haut-commissariat au plan, près de 24 % des exportations de l’Union Européenne seraient menacées par la concurrence chinoise. En Allemagne, les importations chinoises deviennent des concurrentes dans près de 70 % des activités manufacturières du pays. Pour l’Italie, ce chiffre s’établirait à 60 % selon les mêmes travaux, laissant peser un risque lourd tant sur l’activité domestique que sur les marchés d’exports sur lesquels ces pays sont implantés. Si cette exposition, 36 %, est moindre pour la France, elle n’est pas non plus négligeable. A ce niveau d’avancement, une stratégie de compétitivité pour nos produits est devenue impossible. Face à des coûts de la main d’œuvre souvent de 30 à 40 % inférieurs aux pratiques européennes, d’importantes subventions à la production et une politique de sous-évaluation du yuan, estimée de 20 à 25 %, les industriels européens n’ont à court terme qu’une seule alternative : protéger leurs marchés par des barrières douanières à la mesure de l’enjeu avant que leurs activités ne soient balayées, comme ce fut le cas des panneaux solaires au début des années 2000.
Des mesures anti- subventions ont déjà ciblé un certain nombre de produits en provenance de Chine. Les véhicules électriques en sont l’exemple le plus connu. Les importations de véhicules hybrides exemptés de ces surtaxes s’y sont rapidement substituées.
L’instrument anti- coercition qui sanctionne des pratiques illicites ou des menaces n’est plus adapté à cette situation devenue structurelle. Le droit du commerce international autorise à son tour l’introduction de mesures de restriction telles que la clause de sauvegarde ou la clause d’exception de sécurité nationale si elles sont subtilement exploitées. Ces dispositions qui ne peuvent être que temporaires doivent permettre de protéger la stratégie de reconstruction d’une industrie compétitive dans l’Union. Elle doit de ce fait être accompagnée d’une feuille de route où quelques idées émergent déjà : l’instrument de préférence européenne ou des clauses d’exigence en matière de contenu sont deux pistes intéressantes. Des exigences de transferts de technologie en contrepartie de l’installation d’unités chinoises de production sur nos territoires. Cette condition est devenue indispensable pour reconstituer des marges de manœuvre à court terme et éloigner le scénario qui transformerait l’Union Européenne en un simple atelier d’assemblage pour son seul marché.
Brigitte TROQUIER – Economiste BRED Banque Populaire.
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