Conjoncture financière à fin juin 2022

L’inflation chamboule la trajectoire

Si le redémarrage de l’activité post Covid laissait augurer de solides perspectives économiques dans le monde et plus particulièrement en zone euro, la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine a chamboulé même les plus prudentes projections. Au-delà de la montée des incertitudes politiques et géopolitiques aux portes de l’Europe, cette dernière a pris conscience au fil des semaines du niveau particulièrement élevé de sa dépendance énergétique à la Russie.

Conjuguée à des fragilités d’approvisionnement issues de la remise en route des économies, cette nouvelle situation a exacerbé des tensions inflationnistes qui, de transitoires, se sont à présent probablement installées dans la durée. En zone euro, elles restent encore particulièrement concentrées sur les prix des matières premières et des produits alimentaires. Et même si des pressions émanent des salaires dans quelques secteurs sous tension, elles proviennent plus d’un rattrapage de revenus que des conséquences de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat.
Ce nouveau contexte conduit les autorités publiques à trouver des solutions tant sur le plan de l’offre que pour atténuer de façon ciblée les effets de ces hausses sur le pouvoir d’achat des ménages.

D’une part, des négociations sont en cours pour signer des contrats d’approvisionnement auprès de nouveaux partenaires ou renforcer ceux qui existent déjà. D’autre part, à court terme des plans de réduction de la consommation énergétique sont en discussion au niveau de l’Union ou, au cas par cas, dans chacun des pays. A moyen terme, l’accélération de la transition énergétique devrait réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Elle suppose cependant à son tour d’intensifier les investissements déjà programmés.

Des mesures ciblées sont aussi déclinées pour limiter certaines hausses ou distribuer des subventions aux populations les plus affectées par ces déséquilibres. Ces mesures de soutien ne suffiront cependant pas à enrayer la dégradation des perspectives de croissance sur l’année 2022 et probablement la suivante. Elles compliquent par ailleurs la tâche de la banque centrale dont l’action va devoir se concentrer sur la maitrise des prix sans peser trop lourdement sur une dynamique de croissance fragilisée Conjuguer cette maitrise à une modération de la croissance sans y donner un coup d’arrêt brutal constitue un exercice d’équilibrisme délicat. Les prochains mois nous éclaireront sur le succès de cette opération.

Brigitte TROQUIER – Economiste BRED Banque Populaire

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